22 juillet 2005
Les crêpes expliquées aux Japonaises
Cela
faisait quelques temps que j'avais promis à mes élèves du séminaire de
Français de confectionner des crêpes. C'est désormais chose faite !
Il m'a tout d'abord fallu confectionner la veille une énorme quantité de pâte à crêpes,
en quadruplant les proportions de la recette de base (12 oeufs d'un
coup, ça m'a fait bizarre, moi qui les utilise avec parcimonie !).
Puis,
avant de commencer la cuisson, j'ai expliqué à mes japonaises le
concept de crêpe... à la française. En effet, les Japonais connaissent
les crêpes, mais selon un concept différent. Pour vous donner une idée,
une crêperie japonaise ressemble à ça :
Des crêpes en
plastique alignées dans une vitrine qui permettent de faire son choix
de visu. Comme vous pourrez le remarquer, la forme est celle d'un
cornet ouvert, et d'ailleurs les crêpes contiennent en général de la crème
glacée. Et plein d'autres choses : Chantilly, fruits, parts de gâteau,
confiture, crème custard, et j'en passe... En fait, les Japonais
n'envisagent pas le concept de crêpe sans celui de complexité. Une
crêpe toute simple (la meilleure : blé noir beurre !) n'entre pas dans
leur registre, pas plus qu'une crêpe salée (ou rarement). Ici, la crêpe est un
dessert, énorme et transgressif !
Quand j'ai expliqué à mes
Japonaises que les Français aimaient aussi saupoudrer leur crêpe de
sucre cristallisé, la rouler et la dévorer sans manières, elles ont
ouvert de grands yeux et pousse un cri interrogatif : "eeeeeeeeeeeeeh
???". Eh oui, les Français ont vraiment des moeurs bizarres ! J'ai
aussi fait les présentations avec la crème de marrons (j'ai eu la
chance de trouver un pot de crème Bonne Maman), qui a remporté un franc
succès. Je voulais également introduire notre ami le Nutella, qu'elles
ne connaissent pas, mais là, par contre, je n'en ai pas trouvé. Nous
disposions donc, pour garnir nos crêpes, de beurre, de sucre, de crème
de marrons, de confiture de fraises, de miel, de bananes et de
Chantilly. J'aurais bien testé les crêpes salées aussi, mais le budget
de ces demoiselles nous a forcées à limiter le nombre des garnitures.
Nous
sommes donc passées à la cuisson d'une bonne soixantaine de crêpes,
chacune devant preparer les crêpes qu'elle allait manger. Nous nous
retrouvâmes souvent avec de la bouillie de crêpes, de la crêpe pas
cuite, de la crêpe charbon, mais aussi avec de jolies crêpes tout à
fait dignes de nos crêperies françaises. Vint ensuite le moment tant
attendu : la garniture et la dégustation. Là, c'est à croire que leur
instinct de Japonaises a pris le dessus : je n'ai pu recenser aucune
crêpe à moins de trois garnitures, la plus écoeurante à mon goût étant
quand même la confiture-miel-crème de marrons, qui a pourtant remporté
un franc succès. Comme quoi, les goûts et les couleurs ne se discutent pas !
Vive le relativisme culturel !
17 juillet 2005
Une fête bien japonaise !
C'est
bientôt les vacances scolaires, et le temps des fêtes pré-vacances dans
l'université japonaise où je travaille. L'autre soir, les élèves
participant au club d'anglais se sont réunies pour une goodbye
party sous forme de potluck (= chacun apporte un petit quelque chose à
manger). Comme toujours, il y avait beaucoup trop de nourriture, mais
personne ne s'en est soucié et on s'est régalés !
Pour vous donner une idée de ce à quoi ressemble un potluck japonais, voici quelques aperçus :
Le
gigantesque plateau de sushi, un grand classique, et ma salade de pâtes
penne - tomates cerises - parmesan - thon - vinaigrette à la moutarde à
l'ancienne et persil. Elle a eu un grand succès, les Japonais ne
connaissant pas les salades de chez nous. Pour eux, une salade, c'est
forcément plein de mayonnaise et en purée, comme pour la potata salada.
Pop
corn au basilic apporté par un prof américain, et une des inombrables
assiettes de sandwiches à la japonaise fabriqués par la team ci-dessous
:
Les sandwiches japonais ont la particularité d'être sans croûte et pleins de mayonnaise. Le plus classique est le sandwich à l'oeuf, avec de la laitue et des oeufs durs écrasés... à la mayonnaise !
A
gauche, il ne s'agit pas de gougères mais de pain frit, un
étouffe-chrétien made in Okinawa. Et à droite, des chocolats au kimchi
- le kimchi étant une spécialité coréenne à base de légumes très
pimentés, ça arrache ! J'ai goûté un chocolat au piment vert, et je
dois dire qu'on oublie vite le goût du chocolat... Mais il fallait
tenter l'expérience !
Et voici pour finir le clou du spectacle :
des gâteaux au macha qui pourraient bien rivaliser avec mon gâteau
martien. Le premier est un quatre quart tout simple, et le deuxième un
délicieux gâteau roulé fourré d'une crème divine et agrémenté de
haricots azuki et d'un morceau de marron glacé au milieu. Même après un
tel buffet, j'en aurais repris deux fois s'il n'avait pas disparu aussi
vite !
29 juin 2005
Bugnes party
Les sept "mamies" en question (elles ne sont pas si âgées que ça, mais au Japon on les appelle des obachan, des mamies) participent chaque lundi à un "club de Français" que j'anime, et me réclâment régulièrement de faire de la cuisine française. La dernière fois, on a fait des roses des sables, mais cette fois-ci on avait décidé de faire des bugnes. Vous me direz : "des bugnes par cette chaleur, mais ça va pas non ?!", et vous aurez bien raison. Mais allez trouver une idée de dessert français qui ne nécessite pas de four (exit les tartes et les gâteaux), qui soit quand même un peu évolué (sayonara la salade de fruits), et pas non plus archi-connu au Japon (comme les crêpes), et vous verrez qu'il ne reste pas grand-chose. J'ai fait quelques propositions à mes mamies, et c'est les bugnes qu'elles ont choisi à l'unanimité moins une voix. Va donc pour les bugnes par 30° !
Il était convenu que les mamies débarquent chez moi à 10h30 avec chacune quelque chose à manger (comme dans une rencontre Marmiton !). J'avais déjà préparé la pâte à bugnes, et et celles-ci ne furent pas longues à préparer vue l'efficacité des mamies, qui avaient déjà toutes enfilé leur tablier une demi-seconde après avoir passé la porte.
On put donc rapidement se mettre à table (table dressée en 5 secondes par les mamies, décidément plus rapides que moi). Et voilà ce qu'elles nous avaient apporté :
Dans les assiettes noires carrées, vous pouvez voir du riz à sushi (avec omelette en lanières, et saumon grillé, plus une feuille de je sais pas vraiment quoi). Dans les assiettes en carton à carreaux verts et blancs, la "chose grise" c'est du tofu au sésame fait maison, à base d'arrowroot. On le déguste avec de la sauce de soja, c'est un peu gluant, mais c'est bon ! Dans le grand saladier en haut, il s'agit de salade aux algues et aux pâtes de riz, avec carottes et concombres, très rafraîchissante. Et enfin, le tupperware à droite contient une salade de tofu avec konnyaku (un jour il faudra que je fasse un billet là-dessus, mais sâchez pour l'instant que c'est une sorte de pâte comme le tofu, mais à base d'une sorte de pomme de terre), cottage cheese, champignons shiitake, carottes, épinards, citron vert... J'ai adoré.
Et voilà la table des desserts :
Nous nous sommes bien régalés, et les mamies sont reparties aussi vite qu'elles étaient arrivées et avec tout autant de panache, non sans avoir au préalable fait la vaisselle, tout rangé et emporté la poubelle ! Je vous le dis : si vous n'en avez pas, il faut adopter une mamie japonaise !
01 juin 2005
Shokuiku
"L'alimentation est la base de la vie. Nous vivons dans une societe où cette évidence est de moins en moins respectée", déplore le Parti Liberal-Democrate (PLD) au pouvoir. "Le but de la loi est de provoquer une prise de conscience révolutionnaire". Rien que ça ! Pour le PLD, l'éducation alimentaire constitue "le fondement du développement intellectuel, moral et physique", et il est du "devoir de chaque citoyen" de "s'efforcer de garder des habitudes alimentaires saines tout au long de son existence".
Le premier repas que j'ai pris lors de mon tout premier séjour au Japon était celui d'un restaurant universitaire. Vous me direz, les RU ne sont jamais à la pointe de la gastronomie ! Peut-être, mais ce qui m'interpella ce jour-la, c'était moins le goût que le choix des plats proposés. Je n'avais jamais vu autant de friture ! Poulet frit (kara-age), croquettes de poisson, croquettes de légumes (korokke), porc pané (tonkatsu), poulet pané (chicken katsu), et j'en passe. Ce jour-la, je commandai un plat de pâtes. Il était servi avec une cuillerée de petits pois. C'était le plat le plus riche en légumes ce jour-là...
Vous me direz que le RU est un mauvais exemple. Certes. Rendons-nous donc dans un supermarché, dans le but d'acheter un bento, une boîte repas. Cherchons en un ne contenant aucune croquette, aucun truc frit, pas une seule trace de panure. Eh bien... il n'y en a pas. Ou plutôt, si, il y a les sushi. Mais chacun sait que tous les Japonais ne se nourrissent pas quotidiennement de poisson cru... Pour ma part, j'ai très rapidement renoncé à acheter tous les jours un bento pour le repas de midi, effrayée par la quantité d'huile de friture que j'aurais absorbée à la longue. Mais ma collègue de travail, elle, ne s'en lasse pas : tous les jours dans son bento, on trouve des petites croquettes frites surgelées, délicatement arrangées dans la boîte par sa maman (ma collègue a 27 ans...).
Comme en France, au Japon les produits les moins chers sont aussi les plus mauvais pour la santé. Lors de mon dernier séjour à Tokyo, voulant manger pour pas cher, j'avais le choix entre les bento garnis de friture ou la version restaurant : le bol de riz garni de porc pané et d'omelette. Je n'ose même pas imaginer l'addition nutritionnelle d'un truc pareil ! Vous me direz, une fois de temps en temps, ça va. Bien entendu. C'est même délicieux, pour tout vous dire. Cependant, il faut garder en tête que les Japonais mangent de plus en plus souvent à leur travail (bento) ou à l'extérieur (restaurants et fast-foods), et multiplient donc les occasions de consommer ce genre de choses.
J'étais tout aussi effarée un jour en buvant mon café noir chez Starbuck's, la chaîne de cafés américains la mieux implantée au Japon. Mis à part mon café noir et le thé, toutes les boissons contenaient une bonne dose de crème Chantilly et de sucres en tous genres, et remportaient un franc succès auprès de la clientèle. Mais comment font-elles pour garder la ligne en mangeant comme ça ?, me demandez-vous. Réponse : elles ne la gardent pas longtemps. En effet, l'obésité est devenue un problème sérieux au Japon depuis déjà quelques années. Je ne connais pas de chiffres exacts, mais je le constate tous les jours dans la rue.
Au Japon comme ailleurs, par les temps qui courent, on souligne de plus en plus souvent le caractère anomique (sans normes) de l'alimentation : petits-déjeuners sautés, repas en solitaire ou individualisés qui se multiplient, tout comme les fast-foods et le nombre de repas pris hors foyer.
La constatation est la même en France, à ceci près que l'individualisation des repas me paraît encore plus grande au Japon. Chez mes amies japonaises qui vivent encore avec leurs parents (même après 25 ans, ici, c'est très courant), tout le monde mange à une heure différente (le père en rentrant du travail, la mère et la fille quand ça leur chante, mais très rarement ensemble) et bien souvent des plats différents. En France, malgré ses déboires, le repas du soir en famille reste tout de même une institution dans bon nombres de foyers, ce qui permet de maintenir et de transmettre un minimum cette fameuse "éducation alimentaire", chose que l'on ne retrouve pas au Japon.
La loi sur l'éducation alimentaire vise à mettre en avant la nourriture traditionnelle trop souvent négligée au profit des nourritures actuelles, ainsi que les traditions locales.
Tout cela part donc d'un très bon sentiment, mais fallait-il une loi pour cela ? Oui et non. On peut en effet estimer que l'alimentation est avant tout affaire de goût et que les lois n'ont rien à faire là-dedans. Une loi sert en effet à fixer des règles minimales devant être respectées par tous les citoyens sous peine de désordre social. Mais cela s'applique-t-il aussi à l'alimentation ?
En même temps, cette loi semble avant tout une affaire de bon sens, entendez par la de sens moral. Elle suggère que les collectivités locales mettent en place "des occasions, telles que des cours de cuisine, d'apprécier la nourriture tout en apprenant les bonnes façons de manger". Les "bonnes" façons de manger ? Mais quelles sont-elles ? Pour le Japon, la réponse est : l'alimentation traditionnelle et locale, une sorte de retour aux sources et au terroir régénératrice.
La France n'a pas eu besoin d'une loi pour faire le même constat ; le succès des produits bio et terroir est là pour le confirmer. Les Japonais, eux, devront-ils ajouter les "bonnes façons de manger" à leur longue liste de devoirs de citoyens pour le comprendre ?
04 avril 2005
Hanami
... c'est beau un cerisier en fleurs !
Une de mes amies japonaises m'a expliqué que le printemps était une saison délicate pour les Japonais. Lorsque les cerisiers fleurissent, les Japonais deviendraient hyper sensibles à leur environnement et passeraient très facilement d'une émotion à une autre.
Je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas, ils ne se lassent pas de venir admirer les fleurs de cerisiers. Le mot hanami vient de "hana" (fleur) et "miru" (voir). C'est même un sport national ! La nuit, on pique-nique tout autant, éclairé par la blancheur lunaire des fleurs de cerisiers. Ca s'appelle yozakura, de "yoru" (la nuit) et "sakura" (le cerisier).
Inséparable du hanami : le pique-nique. On étend de grandes bâches bleues sous les cerisiers, et toute la journée on boit (beaucoup, surtout de la bière) et on mange (le barbecue japonais, avec viande, légumes, fruits de mers et boulettes de riz à griller, est à l'honneur).
21 mars 2005
Le ventre des Japonais
Exemples :
- "o-naka ga suita" : "sa majeste le ventre est vide" = il a faim, il convient donc de le remplir !
- "o-naka ga ookii" : "sa majeste le ventre est grosse" = etre enceinte
- "o-naka ga kowasu" : "sa majeste le ventre est cassee" = avoir une indigestion
- "hara ga kudaru" : "le ventre descend" = avoir la diarrhee
- "hara ga peko peko" : "le ventre est creux (il fait peko peko quand on tape dessus)" = avoir le ventre vide
- "hara ga hachibunme o shiteoku" : "le ventre garde la huitieme part" = se retenir pour ne pas trop manger
- "hara ga deru" : "le ventre sort" = avoir du bidon
- "hara no ookii" : "le ventre est large" = etre genereux
- "hara o tateru" : "sortir le ventre" = se mettre en colere
Y'a pas a dire, le ventre des Japonais semble plus vivant et plus symbolique que le notre, vous ne trouvez pas ?
15 mars 2005
Les manieres de table des Japonais
- On ne plante pas ses baguettes dans le bol de riz ! Non mais quelle idee, c'est comme ca qu'on presente la nourriture aux defunts...
- On fait du bruit a table ! Et plus particulierement en slurpant sa soupe ou ses nouilles. Ici, "slurp slurp" se dit "zuru zuru", et il faut bien s'y habituer, car pas de restaurant de soupes aux nouilles sans une demi-douzaine de salarymen qui font zuru zuru en reniflant. Faire zuru zuru permet de refroidir la soupe brulante qu'on se met dans le gosier et c'est egalement un signe qu'on apprecie le plat.
- On ne pioche pas dans le plat commun avec ses baguettes ! Ou plus exactement, pas avec le cote de la baguette qui a ete en contact avec la bouche. On les retourne, donc, et on se sert avec le cote propre. De la meme facon, on n'echange pas de nourriture avec quelqu'un de baguette a baguette.
- On ne pointe personne avec ses baguettes ! C'est encore pire que montrer du doigt, non mais. Et puis on ne gesticule pas avec ses baguettes a la main, elles ne doivent servir qu'a manger. Quand on ne mange pas, on les pose bien sagement sur leur petit repose-baguettes ou sur le bord d'une assiette.
- On peut tremper les sushis dans la sauce de soja mais pas verser la sauce de soja dans les sushis ! De meme, on n'en verse jamais dans le riz blanc qu'on nous sert, ce serait une insulte a la maitresse de maison.
- On ne se sert pas a boire soi-meme ! C'est pas poli. Il faut faire comprendre a son voisin de table qu'on a le gosier sec en levant delicatement son verre de la table et en mettant sa main gauche dessous. De meme, si vous voyez un Japonais qui vous implore du regard depuis 20 minutes avec son verre a la main, c'est que vous avex oublie de le servir...
- Avant de manger, meme si on est seul, on dit "itadakimasu" (litt : "je recois"), qui marque le debut du repas. Et quand on a fini, "gochisousamadeshita" (je sais c'est long a lire) (litt : "c'etait un festin"), pour remercier les hotes et annoncer officiellement que le repas est termine.
- On ne croque pas dans les pommes ! Et dans tous les fruits en general. On les epluche, on les coupe, on les met dans une jolie coupelle, et on les mange avec un petit pique genre cure-dents.
Il existe encore de nombreuses regles et manieres de table specifiques aux Japonais. J'en oublie beaucoup !
Un jour, une de mes amies japonaises est venue sejourner en France chez mes parents, et au moment de passer a table je me rejouissais d'avance en me demandant comment ca allait se passer : mon amie est une vraie japonaise et mon papa un vrai francais qui n'aime pas quand on fait du bruit en mangeant. Eh ben ca a pas loupe, elle a fait zuru zuru avec les epinards, vous auriez du voir la tete de mon pere !!!
Enfin, pour conclure la-dessus, si les Japonais nous semblent parfois impolis, ou au contraire trop polis a table, nous aussi on leur semble un peu a cote de la plaque parfois. Se moucher a table en faisant du bruit, par exemple : mais ils savent vraiment pas se tenir ces Francais ! (La tete de mon amie japonaise quand mon papa s'est mouche...).
Donc, vive le relativisme culturel !
Pour ma part je n'arrive toujours pas a slurper ma soupe, c'est plus fort que moi...















